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Vivre son rêve

« Choisissez un travail que vous aimez et vous n’aurez pas à travailler un seul jour de votre vie » : c’est l’un des célèbres proverbes de Confucius. Malte Kromm l’a fait. Il a abandonné son emploi sûr d’opticien pour se dévouer à sa passion : le management du football. En interview, Malte Kromm nous en dit plus sur les obstacles qu’il a rencontrés avant de vivre aujourd’hui son rêve.

Monsieur Kromm vous avez la grande chance d’avoir fait de votre hobby votre métier. Dans votre livre « Traumberuf Hobby » (uniquement disponible en allemand), vous racontez que vous êtes passé d’opticien couronné de succès et avec une position de cadre à manager dans le monde du football. Comment en êtes-vous arrivé là ?

Déjà au début de ma formation d’opticien, j’ai été confronté au management du sport et du football. Un ancien collègue de travail m’avait recommandé un jeu de simulation sur ordinateur de manager dans le football. Ce jeu est devenu une passion au quotidien que j’ai voulu transformer quelques années plus tard en hobby. En parallèle de mon métier d’opticien, j’ai adhéré à une association de football amateur dans laquelle j’ai été actif bénévolement. Presque chaque minute de mon temps libre et le weekend étaient consacrés à l’association qui était comme une deuxième maison. Le travail dans le club et les premiers stages de formation m’ont tellement séduit que j’ai eu en moi le souhait grandissant de faire de ma passion mon métier. Et le tournant est arrivé.

Au début de la trentaine et après 14 années de pratique, je me suis retrouvé dans un métier très sûr. J’étais directeur commercial dans une entreprise de fabrication de verres à lunettes et responsable de plus de 30 collaborateurs. En outre, j’avais de grandes chances de continuer à gravir les échelons hiérarchiques. Cependant, à ce moment-là, je me suis demandé si c’était ce que je voulais réellement faire jusqu’à ma retraite. La réponse a été non et j’ai décidé de prendre un nouveau départ. J’ai donc démissionné, je suis reparti de zéro et j’ai cherché un nouvel emploi moins exigeant qui me maintenait à flot, mais qui me laissait suffisamment de temps à disposition pour me consacrer à des études durant deux ans et demi. Après mes études, j’ai eu la grande chance de pouvoir intégrer le management du football et ceci en étant rétribué.

Y a-t-il eu dans votre vie à un moment une révélation qui vous a fait quitter votre emploi sûr ?

Une révélation, je n’en ai pas eu. Cela a été un processus par étapes qui a, à un moment donné, atteint une étape où je devais décider le chemin que je voulais prendre – le chemin professionnel emprunté jusqu’à présent ou celui de la passion professionnelle.

Selon vous, que faut-il pour franchir l’étape courageuse de changer d’emploi ?

Fondamentalement, il faut une forte conviction, de la volonté et de la détermination. Il faut également prendre en considération tous les risques financiers liés à cette voie. Si tous ces points sont remplis, il revient à chacun d’avoir le courage et les épaules pour s’engager dans la nouvelle voie. En outre, il faut des plans clairs sur les étapes qui suivent afin de s’accorder une sécurité relative. Dans mon cas, en tant que directeur commercial dans le domaine de l’optique, j’avais atteint un certain niveau de vie que j’ai dû totalement abandonner pour mon nouveau départ. Cela a signifié une plus petite voiture, un appartement d’une pièce etc. J’ai cherché un job dans un call-center qui me permettait de me maintenir à flot, mais qui me demandait peu afin de pouvoir me consacrer pleinement à mes études durant mon temps libre et mes week-ends. Lorsqu’une personne durant des études est consciente qu’elle pourra à l’avenir faire de sa passion son métier, la qualité de vie moindre durant les études n’est pas si douloureuse que cela. J’étais conscient que je devais me priver de certaines choses si je voulais atteindre mon objectif personnel.

Vous vous êtes heurté à des problèmes. Vous aviez peur de décevoir vos parents et même votre sœur avait peu de compréhension pour la décision que vous avez prise. Comment gérer les réactions négatives de son environnement proche ?

D’un côté, il faut avoir de la compréhension envers son environnement critique, car, au final, tout le monde se fait du souci et se demande si la nouvelle voie est la bonne. De l’autre côté, il est aussi important d’embarquer avec soi ceux qui critiquent et de les informer régulièrement sur sa nouvelle situation. Ainsi, on crée peu à peu de la confiance, de la conviction et à la fin de la bienveillance envers notre activité future. Il faut s’endurcir pour cette phase.

Dans ma famille, cette étape a généré une totale incompréhension. Tous étaient convaincus de ma carrière d’opticien. Je n’ai ainsi eu au début aucune chance d’expliquer mon changement professionnel. C’était surtout dû au fait que personne n’avait de lien avec le domaine du management du sport et du football. Ainsi, j’ai dû entre autres faire face à des questions comme par exemple : est-ce qu’à l’avenir j’allais déchirer quotidiennement des cartes d’entrée. Une situation qui m’a non seulement fait très mal personnellement, mais à laquelle je devais toujours m’opposer. Le tout a conduit au fait que je coupe le contact avec ma famille durant une année. Seulement, lorsque ma famille a vu que je croyais réellement dans mon métier de rêve et que mon projet était effectivement appliqué avec succès, les premiers mots de reconnaissance sont arrivés et peu à peu aussi de la compréhension, ce qui me confirma dans mes plans et renforça mon assurance.

Que feriez-vous aujourd’hui différemment ?

J’ai malheureusement fait l’erreur de ne pas informer de manière juste ma famille. Sûrement en raison de la peur d’avoir des réactions négatives ou un rejet. Il n’est pas toujours facile de communiquer un projet tout de suite à tous, lorsque l’on est soi-même dans la phase de décision. Ce qui s’est effectivement passé dans ma famille, était ma plus grosse peur. Par ignorance et manque d’assurance, j’ai parlé de ma passion que beaucoup trop tard. Aujourd’hui, je comprends très bien ma famille. Pourquoi quelqu’un interrompt-il son emploi couronné de succès après 14 ans ? Pourquoi n’y a-t-il eu aucun signe préalable ? A sa place, j’aurais sans doute réagi de la même manière, car l’on veut le mieux pour son fils respectivement son frère.

Selon la devise « fais-le bien et parles-en », j’impliquerais dès le départ ma famille, mes amis et mes connaissances dans ma nouvelle voie, et non pas seulement quand l’idée est là, mais déjà quand les premières pensées d’un changement arrivent. On gagne ainsi l’acceptation de son environnement. Ensuite, lorsque dans certaines phases tout ne roule pas parfaitement dans la nouvelle orientation, on a une assurance de continuer à le faire.

Que recommanderiez-vous à quelqu’un qui veut franchir la même étape ?

Faire le moins d’erreurs possibles, je recommande de faire un plan détaillé du processus et chronologique de ce qui doit être mis en œuvre dans le meilleur des cas et quand, ainsi ce qui peut être atteint. Fondamentalement, il faut clarifier sa situation privée, par exemple sa situation familiale. Puis-je, en tant que père de famille et soutien à la famille, me permettre de prend un risque financier ? Le prochain point est la nouvelle orientation même. Est-ce que son hobby peut réellement devenir son métier ? Quelle est la probabilité que cela fonctionne ? Si ces points sont clarifiés, la mise en application arrive. Elle est établie dans un plan chronologique comprenant les différentes mesures individuelles. Celui-ci devrait être tenu précisément, car plus l’on devient vieux, moins les corrections faites dans nos plans sont avantageuses. Par exemple, celui qui prévoit à 30 ans de suivre des études durant trois ans pour une nouvelle orientation doit le respecter.

Il est également important d’avoir un plan B au cas où le projet n’aboutit finalement pas. Dans mon cas, le plan de secours était un retour au métier d’opticien. De la patience et de la persévérance sont aussi nécessaires, car pas toutes les idées et tous les projets conduisent tout de suite au succès.

Quels sont vos plans futurs ?

Personnellement, je souhaite continuer à évoluer dans mon métier de rêve et aider d’autres personnes à faire de leur passion leur métier grâce à mon expérience.

Interview : Ariane Modaressi

 

Mardi, 05. Févr. 2019

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