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Le magazine en ligne d’Employés Suisse

Une stratégie de l’égalité sans vision et sans mordant

Le Conseil fédéral veut atteindre l’égalité entre hommes et femmes d’ici 2030. C’est louable. La manière dont il compte y parvenir avec sa stratégie « Égalité 2030 » est toutefois plus que douteuse.

Après la présentation par le Conseil fédéral de sa stratégie « Égalité 2030 » dans un communiqué de presse, il n’a fallu que quelques heures pour que les critiques affluent. La conseillère nationale du PS, Tamara Funiciello, trouve la stratégie « sans ambitions, incomplète et élitiste ». Kathrin Bertschy, co-présidente d’Alliance F, l’organisation qui chapeaute les organisations de femmes, aurait aimé voir « un peu plus de courage et de créativité de la part du gouvernement ».

Ursula Häfliger, directrice et responsable de la politique d’égalité des sexes de la plateforme (dont Employés Suisse est membre), exprime sa critique de manière pointue : « ’La définition de la folie est de faire la même chose encore et encore et d’en attendre des résultats différents. » L’exemple donné par Homer Simpson semble maintenant avoir atteint le Conseil fédéral. Sa stratégie pour l’égalité entre hommes et femmes 2030 se compose des mêmes vieilles recettes ainsi que d’une pléthore de tâches qui ont été mises en route depuis longtemps mais qui n’ont pas encore été accomplies par le Conseil fédéral et l’administration. »

Pour l’Union syndicale suisse, le document est d’une part trop vague, d’autre part trop provocateur. Le fait que la stratégie prévoit une augmentation de l’âge de la retraite pour les femmes est un « affront sans pareil » pour l’USS. Pour Ursula Häfliger aussi, cela ne fonctionne pas du tout : « Il est présomptueux de prétendre que l’égalisation de l’âge de la retraite des femmes avec des mesures compensatoires réduirait d’une manière ou d’une autre l’écart entre les retraites des hommes et celles des femmes. Cela nécessite une augmentation massive de la participation des femmes au marché du travail et une réforme de la LPP qui offre un plan de retraite attractif même pour les revenus à temps partiel. »

Travail.Suisse juge le plan « ni ambitieux ni très moderne ». Il n’est guère judicieux, par exemple, de réclamer l’indépendance économique des femmes si rien n’est fait pour donner aux hommes un rôle plus important dans la vie familiale.

Du vieux vin dans une nouvelle peau

La stratégie d’égalité est-elle vraiment si mauvaise ? J’en ai bien peur. Ce que critique Ursula Häfliger de la platteorme, c’est en effet une grande faiblesse. Le document ne contient pratiquement rien qui n’ait déjà été initié, le plus souvent par des politiciens – et qui n’est souvent pas ou mal réalisé. L’occasion d’introduire de meilleures solutions et de nouveaux sujets a été manquée.

Premier exemple : Dialogue de compatibilité avec les partenaires sociaux, les cantons et les communes : « l’égalité n’est vraiment pas un sujet nouveau et les positions des différents acteurs sont suffisamment connues », déclare Ursula Häfliger. Le meilleur exemple en est l’échec du dialogue sur l’égalité des salaires. «Un nouveau format, avec une nouvelle composition, serait plus prometteur. » La question du travail flexible et compatible doit également être prise en charge par l’unité administrative responsable, le SECO. « Celui-ci évite toute réforme du droit du travail comme le diable fuit l’eau bénite. »

Deuxième exemple : Promouvoir la proportion de femmes dans les professions STEM. « Vouloir le faire est louable et également souhaitable pour l’économie en raison de la pénurie de travailleurs qualifiés dans ces professions », déclare Ursula Häfliger, mais cela ne se fait pas avec des campagnes d’information, etc. « En tant qu’êtres sociaux, nous suivons des exemples. On les trouve dans la famille, à l’école et dans l’environnement immédiat, parfois aussi dans le grand public. Tant que la répartition des rôles entre les sexes sera aussi claire qu’en Suisse, les femmes ne voudront pas non plus se lancer en plus grand nombre dans les professions STEM. »

Troisième exemple : Du point de vue de diverses organisations de femmes, le domaine des soins, le travail de soins rémunéré et non rémunéré, est négligé dans la stratégie. C’était une préoccupation majeure de la grève des femmes en 2019. Les organisations transgenres reprochent également à la stratégie de ne supposer que deux genres. La Confédération a expliqué ce fait en réponse à une question du quotidien NZZ, mais il est permis d’être plus progressiste que la constitution, même au niveau fédéral. Dommage qu’on laisse de côté les aspects LGBTI.

L’égalité n’est pas gratuite

Ce qui est encore plus remarquable dans la stratégie, c’est que beaucoup de choses doivent être examinées au préalable et que beaucoup d’autres restent non contraignantes. Par exemple, sur la question de la discrimination salariale. La Confédération veut certes l’éliminer dans les secteurs public et privé, mais elle a tendance à traiter les employeurs avec des gants. Les outils d’analyse des salaires continuent d’être mis à disposition et des contrôles sont effectués. Toutefois, cela n’est obligatoire qu’à partir de 100 employés. Tout au plus, les nouveaux instruments devraient être examinés par l’administration fédérale elle-même. « Il est douteux que l’écart salarial inexpliqué de 7 % entre les femmes et les hommes soit ainsi éradiqué », conclut la NZZ.

On a l’impression que beaucoup de choses sont déléguées aux cantons et aux communes. Le fédéralisme a sans doute ses avantages, mais nous venons d’en faire une mauvaise expérience avec la crise de coronavirus. La Confédération devrait exiger l’application de choses d’une importance primordiale, comme la lutte contre une pandémie ou la réalisation de l’égalité.

Tamara Funiciello reproche à la stratégie Égalité le fait que le Conseil fédéral n’alloue pas plus de ressources à la mise en œuvre de l’égalité. En fait, le document indique que les mesures devraient être « autant que possible financées avec les ressources existantes ». On peut se demander si un investissement plus important dans l’égalité ne se traduit pas par des résultats positifs Si, par exemple, nous parvenons à faire entrer davantage de femmes sur le marché du travail, cela permettra de lutter contre la pénurie de travailleurs qualifiés, ce qui profitera à l’ensemble de l’économie. Le Conseil fédéral n’a manifestement pas le courage de tels investissements.

Changer les mentalités

Malgré toutes les critiques, il faut se féliciter que le Conseil fédéral ait osé aborder la question. Le document contient également de bonnes approches. Par exemple, les aveux clairs dans le chapitre « Discrimination » : Pour garantir que les femmes et les hommes aient des chances égales tout au long de leur vie, toutes les formes de discrimination, de sexisme et les stéréotypes de genre doivent être éliminées. L’égalité des chances, dès le plus jeune âge et en particulier dans la formation, est primordiale car les stéréotypes de genre ont souvent un impact sur les choix professionnels et perdurent tout au long de la vie. Le sexisme et les stéréotypes ne doivent plus déterminer les rôles endossés par les femmes et les hommes au sein de la famille et de la société. » Il convient de travailler dans ce sens dans les espaces publics, les écoles, l’éducation, les lieux de travail, les médias et les médias sociaux. Ce sont en effet les bons endroits pour commencer. Tant que les modèles surannés ne disparaîtront pas de nos esprits, nous ne pourrons jamais réaliser pleinement l’égalité. (Voir aussi l’interview avec Franziska Bischof)

Ursula Häfliger salue le fait que le Conseil fédéral ait fait de la réduction de la violence à l’égard des femmes une priorité. « Cette question a été considérée comme acquise et en quelque sorte inévitable pendant bien trop longtemps. » Toutefois, elle préférerait que l’accent soit mis sur la prévention plutôt que sur la limitation des dégâts. L’accent doit être mis sur les mesures « qui influencent positivement les modèles de rôle des hommes et des femmes ». C’est ce à quoi s’engage la plateforme.

Il s’agit maintenant de tirer le meilleur parti de la stratégie Égalité 2030, malgré ses lacunes et ses faiblesses. Il appartient maintenant au Conseil fédéral de donner vie à sa stratégie en collaborant avec les organisations et les associations de promotion de l’égalité pour concrétiser les mesures et, le cas échéant, les compléter et les mettre en œuvre de manière déterminée. Les ressources nécessaires doivent également être prévues.

Hansjörg Schmid

Mardi, 25. Mai 2021

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Où en est la Suisse en matière d’égalité des sexes ?

La stratégie Égalité 2030 est conforme aux objectifs de développement durable de l’Agenda 2030 des Nations Unies. L’égalité des sexes y est ancrée, de même que l’égalité de rémunération pour un travail de valeur égale. Mais la Suisse a encore du chemin à parcourir. Dans l’indice d’écart entre les sexes du WEF, qui mesure le delta entre les sexes, la Suisse se classe au 10e rang parmi tous les pays. Cela ne semble pas si mal, mais les pays scandinaves et la Nouvelle-Zélande sont mieux lotis. En termes d’égalité salariale, nous nous classons 26e parmi tous les pays de l’OCDE, avec un écart salarial de 15,1 %. Ce chiffre est supérieur à la moyenne de l’ensemble des pays (12,8 %). Nous sommes aussi mauvais que l’Allemagne et l’Autriche, mais loin derrière la Roumanie (3,5 %), la Belgique (4,2 %) ou l’Italie (5,6 %).