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Le magazine en ligne d’Employés Suisse

Nous nous nourrissons aux dépens de l'environnement et de nos semblables

L'être humain est confronté à un dilemme : il ne peut se nourrir sans empiéter d’une manière ou d’une autre sur la nature et sur la vie des autres êtres vivants. Pendant bien trop longtemps, nous avons tout simplement refoulé cela et développé une industrie agro-alimentaire éthiquement discutable et qui menace de nous mener à une ruine écologique.

Plus de 800 millions de personnes meurent de faim sur notre planète. Le scandale devient bien plus grand si l'on considère que, dans le même temps, environ 1,9 milliard de personnes sont en surpoids ou même obèses et que 57 % des céréales cultivées dans le monde sont transformées en aliments pour animaux, en carburant et en autres matières premières industrielles. Notre système alimentaire est également une cause majeure du changement climatique (plus de 40 % de toutes les émissions), de l'extinction des espèces, de la pollution, de la rareté de l'eau, des maladies évitables, du travail des enfants, de la pauvreté et de l'injustice. Il affecte donc directement les objectifs de développement durable de l’Organisation des Nations unies (ONU) 1 (pauvreté), 2 (faim), 3 (santé), 6 (eau potable), 13 (climat) et d’autres.

« Ce système est malade », peut-on lire sur la page d'accueil du site internet allemand www.weltagrarbericht.de (également disponible en anglais) qui rassemble les conclusions de plus de 400 scientifiques qui, en 2008, ont été chargés par la Banque mondiale et l'ONU de dresser l'état des connaissances sur l'agriculture mondiale, son histoire et son avenir. Le site internet offre un aperçu complet de l'état actuel des connaissances et des défis auxquels nous sommes confrontés.

Une industrie gigantesque

Vous pensez que Henry Ford a inventé la production industrielle ? Faux, il l'a copié, comme le décrit l'auteur Jonathan Safran Foer dans son best-seller « Faut-il manger des animaux ». Dès les années 1820 et 1830, les abattoirs américains ont commencé à organiser l'abattage et la découpe des animaux sur la base de chaînes de montage. Ce que les bouchers faisaient auparavant, était désormais exécuté par des travailleurs spécialisés dans une activité « d'engourdissement de l'esprit, des muscles et des articulations ».

En 1923, c’est par hasard que la première batterie de poulets fut créée. Comme l'explique Jonathan Safran Foer, l’agricultrice Celia Steele a accidentellement reçu 500 poussins au lieu des 50 commandés et a commencé à faire des expériences. En 1926, elle avait 10 000 oiseaux chez elle, en 1935, elle en avait 250 000. A quoi ressemble aujourd'hui les batteries de poulets et les grandes fermes pour les vaches, les cochons, les poissons, etc., vous pouvez le lire dans le livre choquant de Jonathan Safran Foer.

Aux États-Unis, l'industrialisation de la production alimentaire est réalisée à pratiquement 100 %. Dans de nombreux autres pays, elle est bien avancée. La rationalisation a certainement contribué à fournir une alimentation suffisante et abordable à une grande partie de la population mondiale. Cependant, de plus en plus d'expert-e-s arrivent à la conclusion que le prix est trop élevé et que nous allons droit au désastre si nous continuons ainsi.

Destruction des moyens de subsistance et cruauté envers les animaux

Nous ne devons pas nous faire d'illusions : la production industrielle est associée à une très longue liste d'effets secondaires – ou plutôt à des conséquences. Elle conduit à des monocultures propices aux maladies qui nécessitent l'utilisation de pesticides et de médicaments, qui à leur tour détruisent notre sol, contaminent notre eau et nous rendent malades en tant que consommateurs. L'élevage, l'agriculture intensive, la transformation et le transport des aliments dans le monde entier nuisent au climat, tout comme le défrichement des forêts vierges pour la production alimentaire. Les gens sont chassés de leurs terres dans l'intérêt des grandes entreprises.

En faveur de ce qu'on appelle les « animaux de ferme », l'homme a décimé les animaux sauvages et, dans certains cas, les a éradiqués. La biodiversité dans le monde végétal n'est pas mieux lotie. Des animaux et des plantes ont été élevés pour obtenir des performances maximales et récemment ont été génétiquement modifiés. De ce fait, la diversité des races et des espèces d’animaux de ferme et de « plantes utiles » a également diminué de façon spectaculaire. La souffrance des animaux, souvent estropiés, est encore pire dans l'élevage intensif. Les poulets se font couper le bec et les griffes, les vaches se font enlever les cornes et les animaux en cage se blessent entre eux. Malgré une augmentation incroyable de la productivité, les salaires et les conditions de travail dans l'agriculture industrielle et la production alimentaire sont mauvais. L'approvisionnement en nourriture est encore inégalement réparti – en partie à cause de la spéculation sur les denrées alimentaires. Enfin et surtout, l'élevage intensif présente un risque de pandémie.

En Suisse, la situation n'est certainement pas aussi mauvaise que celle décrite par Jonathan Safran Foer aux États-Unis, mais ici aussi, des violations du bien-être des animaux sont commises et l'agro-industrialisation suit son cours.

Assumer ses responsabilités

Vous vous demandez alors maintenant : puis-je encore manger la conscience tranquille ? « La prétention de vivre de manière conséquente ne peut jamais être entièrement satisfaire. Quand je vis, je le fais toujours au détriment des autres êtres vivants », telle est l’affirmation de l'éthicien, agriculteur de formation et théologien Thomas Gröbly. Cela s'applique même à la salade. Si nous la mangeons, nous l'empêchons de s'épanouir et de se multiplier.

Pour Thomas Gröbly, nous faisons face à des questions éthiques lorsque nous mangeons et buvons. Contrairement aux animaux, dit-il, nous ne sommes pas contrôlés par notre seul instinct, mais nous avons notre propre volonté et notre libre choix. « Nous devons donc assumer la responsabilité de nos décisions. »

Mais comment prendre de bonnes décisions lorsqu’il est même difficile de répondre à des questions comme : que choisir « les pommes biologiques de Nouvelle-Zélande ou les pommes conventionnelles suisses de l'entrepôt énergivore ». Thomas Gröbly explique : « Vous êtes dans une situation où ce que vous faites n'est jamais tout à fait correct ». Vous vous trouvez dans un dilemme. La meilleure façon de s'en sortir est : « Faites la chose qui cause le moins de mal ». Thomas Gröbly souligne également que des questions comme celle de la pomme sont souvent posées de manière erronée. On peut aussi se demander si nous devons manger des pommes quand elles ne sont pas de saison ou si elles peuvent être stockées de manière écologique.

Les humains ont-ils le droit de manger des animaux ?

Thomas Gröbly ne mange pas de viande. « D'un point de vue éthique et philosophique, il n'y a pas d'argument pour tuer un animal », souligne-t-il, mais il relativise « tant qu'il y a une alternative ». Un Inuit est autorisé à attraper du poisson ou un Bédouin à abattre sa chèvre. « Vous devez agir avec prudence », conseille l'éthicien. Cela s'applique également aux plantes pour lesquelles il n'existe pas d'alternative. « Mais cela ne signifie pas que nous sommes autorisés à faire n’importe quoi avec elles. Nous devons les traiter décemment ». Par exemple, évitez les déchets alimentaires.

Les gens se laissent volontiers guider par leur propre morale. À la question de savoir si, en tant que végétalien, on peut se sentir une meilleure personne, Thomas Gröbly a une réponse différenciée : « Je valorise beaucoup le véganisme, car il met en évidence la perversion de notre alimentation. Cependant, je ne crois pas aux préjugés. On retrouve également chez les végétaliens des points problématiques, par exemple l'origine de nombreux produits ». L'éthicien souligne qu'outre la position « ne pas faire souffrir les animaux », on pourrait aussi en adopter d'autres. Par exemple, réduire la consommation énergétique totale de son alimentation ou augmenter la diversité des plantes. Thomas Gröbly ne pense pas défendre ses convictions de manière militante, mais confronter ses semblables à la souffrance animale, il le faut.

Trouvez votre voie

La question la plus difficile qui reste et sur laquelle les experts se creusent la tête et se disputent est comment pouvons-nous sortir du cercle vicieux de l'agriculture industrielle sans risquer à nouveau d'aggraver la faim dans le monde ? Pour Thomas Gröbly, la voie à suivre est celle de la souveraineté alimentaire dans chaque pays, du renforcement des régions, de structures agricoles à petite échelle avec des cultures mixtes et du contact direct entre les agriculteurs et les consommateurs. D'autres experts doutent que cela puisse être facilement mis en œuvre à l’échelle mondiale. Il y a de l’espoir, selon le rapport sur l'agriculture mondiale, la productivité des petits agriculteurs est supérieure à celle des grandes exploitations dans certains pays. Cela pourrait également être le cas en Suisse – en tout cas, les agriculteurs pourront désormais demander des paiements directs sur les terres où sont pratiquées des cultures mixtes.

Chers lecteurs, chères lectrices, nous ne pouvons et ne voulons pas vous donner d'instructions ou de lignes directrices détaillées sur la manière de manger plus écologiquement et éthiquement. Vous trouverez en revanche quelques conseils ci-contre et nous vous recommandons la lecture de l’ouvrage de Jonathan Safran Foer « Faut-il manger les animaux ? ». Dans cet article, nous avons établi des pistes : trouvez votre propre voie.

Hansjörg Schmid

Lundi, 03. Août 2020

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Se nourrir de manière écologique

Selon l'étude « Umwelschutz mit Messser und Gabel » (uniquement disponible en allemand de Toni Meier, en tant que consommateur, vous pouvez faire plus pour l'environnement en changeant vos habitudes alimentaires que les producteurs de denrées alimentaires ne peuvent le faire en augmentant leur efficacité. Si vous êtes un homme, vous pouvez déjà faire beaucoup si vous mangez davantage comme les femmes. Avec les quelques conseils suivants, vous pouvez déjà obtenir un effet considérable :

  • Moins ou pas de viande, plus de fruits, de légumes, de noix, de graines, si possible avec la diligence requise
  • Peu de produits alimentaires transformés
  • Produits saisonniers
  • Acheter localement auprès d'un agriculteur
  • N'achetez pas plus que ce que vous pouvez manger ou valoriser les restes

Bon appétit! (hs)