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L’accomplissement de soi, c’est également une question de bon leadership

Au travail, chacun est-il l’artisan de son propre bonheur ou ce dernier dépend-t-il d’un bon chef ?

Le fabricant de douches en verre allemand Heiler a mis en œuvre un modèle de gestion collégiale. Quant au producteur suisse de cosmétiques et médicaments naturels Weleda, il est en train d’en développer un (cf. « Le chef ne sait pas d’office ce qui est mieux. »). Avec son conseiller Gebhard Borck, le directeur de l’entreprise Heiler Stephan Heiler a publié un livre instructif sur le processus de transformation vers un nouveau modèle de gestion « Chef sein ? Lieber was bewegen » (uniquement disponible en allemand). Ils y dépeignent un processus de transformation fastidieux et souvent douloureux.

Tout sauf une promenade de santé

Celui qui croit que tous les employés souhaitent voir leur chef partir pour pouvoir réellement se développer se trompe fortement. Le prix est élevé. Dans l’ouvrage de Heiler et Borck, on est surpris de lire ce qui se passe lorsque la responsabilité et le pouvoir décisionnel est transféré des chefs à tous les collaborateurs. Des collaborateurs incertains et surmenés, telles sont les réactions typiques. Surtout, dans les situations de crise, ces derniers se languissent d’un chef pouvant prendre des décisions claires. Ceux qui se trouvaient auparavant dans une position de chef s’opposent également au nouveau modèle.

Dans l’entreprise Heiler, la transformation a réussi, mais suite à un processus difficile pour tous les participants, n’étant peut-être pas encore clos. Les facteurs-clés de cette transformation étaient les suivants :

  • De nouveaux processus de pilotage et rôles. Chez Heiler, il y a ce qu’on appelle des catalyseurs qui pilotent la transformation et sa coordination.
  • Une nouvelle culture d’entreprise. Heiler veut que l’ADN de l’entreprise soit compatible avec l’ADN personnel de ses collaborateurs.
  • Chaque collaborateur assume la responsabilité de son poste et a une responsabilité entrepreneuriale pour l’entreprise.

Le psychologue du travail et conseiller en entreprise Felix Frei confirme que le chemin vers un modèle de gestion collégiale est difficile : « Avec les nouveaux modèles de gestion, plus de personnes passent des nuits sans sommeil qu’auparavant : les subordonnés, car ils doivent désormais assumer la responsabilité de choses alors qu’ils ne devaient pas le faire avant. Quant aux supérieurs, ils souffrent d’une perte de contrôle et sont incertains sur le résultat». Il faut une bonne raison entrepreneuriale pour changer. Chez Heiler et Weleda, cette raison est clairement donnée. Dans un marché toujours plus difficile et marqué par la concurrence, les deux entreprises veulent se rapprocher de leurs clients et devenir plus agiles.

L’autonomie permet l’accomplissement de soi

Même si la raison d’un changement de modèle vers une gestion participative est entrepreneuriale et non idéale, il en résulte tout de même un accomplissement de soi plus important des employés. « Avec des modèles de gestion participative, on progresse plus qu’avec des modèles de gestion autoritaire », Felix Frei en est convaincu. La compréhension des rôles est pour lui encore plus importante que le modèle de gestion. « Il est décisif de savoir si la gestion réside dans un pouvoir de donner des instructions ou non. Si l’on retire aux dirigeants le pouvoir d’instruction, puis l’on regarde s’ils sont encore acceptés en tant que tel, on trouve alors rapidement qui peut gérer », déclare-t-il. Chez Heiler, ceci a clairement été démontré. C’est pour cette raison que l’entreprise n’a désormais plus de superstructure de gestion. Les dirigeants orientés carrière qui voulaient tout décider et tout mettre en œuvre seuls ont quitté l’entreprise. Leur ADN personnel n’était tout simplement plus en adéquation avec l’ADN de l’entreprise.

De l’avis de Felix Frei, la plupart des personnes pourraient considérer l’accomplissement de soi ainsi : « Il existe quelque chose en moi, mon moi. Il y a accomplissement personnel lorsque nous arrivons à réaliser ce qui est en nous. » Pour le psychologue du travail, c’est toutefois le contraire : « Cela va de l’extérieur vers l’intérieur ». Il l’explique à l’aide de son propre exemple. « Il y a 31 ans, lorsque je suis devenu indépendant, j’ai formé mon moi en agissant concrètement et je me suis ainsi accompli. Mon moi autonome s’est développé par mon travail indépendant ». Par ses propos, Felix Frei donne le mot-clé le plus important à l’accomplissement de soi : l’autonomie. L’autonomie va de pair avec la responsabilité. « Il n’y a ni autonomie, ni accomplissement de soi, lorsque je ne peux pas en prendre la responsabilité », déclare Felix Frei.

L’accomplissement de soi est une force de motivation

« L’accomplissement de soi n’est pas la finalité en soi des personnes travaillant chez nous », tel est l’avis de Jörg Wild, CEO de l’entreprise 360° active dans l’énergie. Dans l’entreprise, il ne faut pas permettre l’accomplissement personnel à n’importe quel prix. Jörg Wild n’est toutefois pas contre le fait que les collaborateurs s’accomplissent au travail. Il est pour lui indispensable que les idées des employés s’harmonisent avec les objectifs supérieurs de l’entreprise. L’accomplissement personnel est une force importante de laquelle les collaborateurs retirent de la motivation. « Si l’on réussit à ce que les personnes puissent s’investir en faveur de l’entreprise, des clients et des collègues de travail, on atteint la balance parfaite », Jörg Wild en est convaincu. Pour une entreprise, c’est un avantage énorme d’avoir des collaborateurs pouvant apporter leurs idées, leurs convictions et leur motivation.

Dans son entreprise, Jörg Wild a lancé un programme pour mettre en œuvre le principe « décider au plus près ». « En fonction des possibilités, les collaborateurs les plus proches de la question, des clients, de la technique doivent pouvoir décider. Mais naturellement pas selon leurs envies et leurs humeurs ou encore parce que l’on veut s’accomplir d’une manière originale, mais en ayant toujours en arrière-plan le bien des clients et de l’entreprise. Il est également important que les personnes concernées aient confiance en leur décision et se sentent bien avec celles-ci ».

La liberté de penser et le sens

L’autonomie est fortement liée à la liberté, et même la « liberté de », comme le note Felix Frei : que veux-je atteindre, que veux-je faire, comment définis-je mon mandat, comment vois-je ma tâche ? « La liberté de dépend fortement de ma propre liberté de penser », souligne Felix Frei. « Nombre de personnes sont emprisonnées dans leurs propres murs mentaux. Ces murs sont des obstacles bien plus importants à l’accomplissement de soi que le reste. »

Une autre condition importante est le sens du travail. Weleda s’oriente explicitement au sens. C’est l’un des cinq principes de sa nouvelle gestion. « Weleda se considère comme un lieu de développement humain d’une tâche commune », c’est ainsi qu’Andrea Kurz, Head Human Resources du groupe Weleda explique la motivation à cette nouvelle gestion.

Le sens ne peut se développer que sur la base de valeurs. Heiler prend en considération autant la valeur de l’entreprise que la valeur de chaque collaborateur. Ainsi, l’entreprise a une longueur d’avance sur la plupart des autres.

Les chefs doivent aussi s’accomplir

« En tant que chef, je ne peux avoir de l’autonomie que si mes gens en ont aussi », déclare Felix Frei. L’accomplissement personnel d’un chef dépend de sa relation avec ses propres supérieurs et ses subordonnés.

Pour Jörg Wild, un autre facteur s’y ajoute « Je m’en tiens à la devise de John F. Kennedy : ne demande pas ce qu’un pays peut faire pour toi, demande ce que tu peux faire pour le pays. J’essaye donc de m’investir dans le but que l’entreprise, les collaborateurs et les clients se développent au mieux. Lorsque j’arrive à le faire avec mes idées, mes convictions et mes principes, cela fonctionne pour moi ».

En tant qu’auteur, j’ai pu m’accomplir avec cet article. J’ai pu choisir librement son thème, je le trouve plein de sens, j’ai pu discuter avec des personnes intéressantes et sa rédaction a été un plaisir.

Hansjörg Schmid

Mardi, 22. Janv. 2019

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