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Une collaboration innovante pour répondre au manque de personnel

La pénurie de main-d’œuvre qualifiée est un défi pour les entreprises suisses, et ce n’est pas nouveau. De nombreux acteurs y ont amené des réponses sans pour autant résoudre entièrement le problème. Dans cet article, nous vous présentons un projet pilote lancé à Neuchâtel dans l’industrie pharmaceutique.

Selon une nouvelle et énième étude publiée fin novembre, la pénurie de main-d’œuvre qualifiée persiste et s’accentue même dans certains domaines en Suisse. L’étude réalisée par l’Université de Zurich et Adecco montre que les métiers de l’ingénierie, de l’informatique et de la technique ainsi que les secteurs fiduciaire, médical et pharmaceutique sont particulièrement touchés. Une enquête de la Chambre du commerce et d’industrie du canton de Fribourg (CCIF), également publiée à l’automne 2018, arrive au même constat. Dans le canton de Fribourg, une entreprise sur deux a des difficultés à recruter. Ce sont plus particulièrement celles de l’industrie qui ne trouvent pas le personnel dont elles ont besoin.

Une initiative de l’industrie pharmaceutique neuchâteloise

La Confédération n’est pas restée les bras croisés et a tenté de répondre au problème de pénurie de main-d’œuvre qualifiée en lançant en 2011 une initiative visant à la combattre. De cette initiative, elle en tire un bilan positif dans un rapport final publié début décembre. Il y est toutefois souligné que des mesures demeurent nécessaires, car la pénurie persiste. Dans cet article, nous ne souhaitons cependant pas revenir plus en détail sur cette initiative déjà abordée à maintes reprises et préférons vous présenter un projet pilote développé par l’industrie pharmaceutique dans le canton de Neuchâtel.

Lancé en 2016 par l’entreprise Celgene basée à Boudry, le projet vise à former dans un court laps de temps des opérateurs de production en salle blanche, métier souffrant d’une pénurie. Dans son initiative, l’entreprise est soutenue par le service de l’emploi du canton de Neuchâtel. « Nous faisions face à un problème de recrutement des opérateurs de production, il fallait y trouver une solution. Après des discussions, le projet a été initié par le directeur de production et les ressources humaines », déclare Anthony Truche, actuellement en charge du projet chez Celgene.

Une pénurie due à l’absence de formation

Monica Berger, ancienne responsable des ressources humaines chez Celgene et actuellement cheffe de projet R&D au service de l’emploi de Neuchâtel, nous précise le contexte dans lequel le projet a été mis en place. « La difficulté de recrutement des opérateurs de production est due à une situation particulière. En Suisse, il n’existe aucune formation pour ce corps de métier. » Elle ajoute que le projet pilote permet de palier à ce besoin de main-d'oeuvre alors qu'en parallèle la mise en place d'une filière CFC pour les opérateurs de production est discutée avec les entreprises régionales actives dans l'industrie de la Santé.

S’adressant aux personnes en recherche d’emploi du canton de Neuchâtel, le projet allie à la fois formation théorique et formation pratique. Concrètement, après avoir suivi deux mois de formation théorique au sein du Pôle Industrie à Neuchâtel, les candidats réalisent un stage de trois mois au sein de l’une des entreprises partenaires du projet, cette année : Celgene, Ferring Pharmaceuticals, Integralife, Johnson & Johnson, Shire, Straumann, ZTC Technology.

Durant la formation théorique, les candidats acquièrent des connaissances entre autres sur les règles d’hygiène et de sécurité ainsi que sur les procédures en vigueur dans l’industrie pharmaceutique. « Pour accéder à ce programme, les candidats doivent remplir certains critères, comme par exemple maîtriser le français et être disposés à travailler en équipe et/ou de nuit. Il n’est par contre pas nécessaire d’avoir une expérience préalable », explique Anthony Truche. Il souligne que la sélection des candidats est une étape cruciale du projet.

En 2016, 12 personnes ont pris part au projet et, parmi elles, dix ont ensuite trouvé un emploi. En 2017, ce sont également 11 candidats qui ont integré le projet et en 2018 13 candidats. « Chaque année, nous avons des candidats venant de différentes branches et avec des profils variés. Nous avons par exemple des personnes venant des assurances ou du domaine commercial », déclare Anthony Truche.

Fribourg emboite le pas à Neuchâtel

Le canton de Fribourg a également lancé un projet similaire en avril 2018 avec huit candidats participants. Bien que les deux projets poursuivent le même objectif, soit d’offrir une reconversion à des personnes en recherche d’emploi pour permettre de combler une pénurie de personnel, il existe quelques petites différences entre les deux qu’Hugues Sautière, chef de la section Chômage du service public de l’emploi du canton de Fribourg, met en avant.

Alors qu’à Neuchâtel, le projet a été lancé dans l’industrie pharmaceutique, à Fribourg, il l’a été dans le domaine des biotechnologies, souligne Hugues Sautière ajoutant que l’institut de formation n’est bien sûr pas le même. A Fribourg, les candidats sont formés au Biofactory Competence Center (BCC) basé sur l’ancien site de Cardinal. Dans ce centre, les candidats suivent durant environ deux mois une formation théorique, puis, comme dans le cas de Neuchâtel, ils poursuivent par un stage en entreprise, ici chez UCB Farchim sise à Bulle. Pour l’instant, il n’y a pas d’autres entreprises partenaires. « Des huit candidats initiaux, trois sont actuellement sous contrat avec UCB Farchim », déclare Hugues Sautière.

Ce n’est pas une solution à tous les problèmes

Après deux ans de mise en application dans le canton de Neuchâtel et quelques mois à Fribourg, les initiateurs du projet en tirent un bilan positif. Ce dernier permet non seulement de (ré)-insérer des personnes sur le marché du travail, de combler la pénurie d’opérateurs de production, mais a également un impact positif sur l’image de l’entreprise parmi les collaborateurs. Hugues Sautière note toutefois que, dans le cas de Fribourg, il faut améliorer certains aspects. Tout d’abord au niveau de la procédure de sélection, « les critères doivent être plus clairs, nous devons renforcer le processus de sélection », explique le chef de section. Il précise encore qu’un stage de trois mois est trop court.

Un autre bémol du projet est qu’il ne s’adresse qu’aux opérateurs de production. En effet, on peut se demander pourquoi il n’a pas été étendu à d’autres métiers, sachant que la pénurie de main-d’œuvre dans l’industrie pharmaceutique, et plus largement dans l’industrie, touche de nombreux corps de métiers. Monica Berger en donne les raisons. « D’autres métiers dans la branche, comme par exemple les laborantins, nécessitent une formation plus longue et une formation courte n'est pas suffisante ». Elle ajoute que, dans le cas des laborantins en chimie notamment, la pénurie de personnel qualifié est aussi liée au manque d’engouement pour le métier et non pas à l’absence de filière de formation comme dans le cas des opérateurs de production.

Une solution sparadrap qui peut inspirer

Même si le projet est spécifiquement destiné au corps de métier susmentionné et qu’il ne résout pas le problème de pénurie dans son entier, il mérite toutefois d’être mis en avant. Il montre qu’à petite échelle grâce à une collaboration ciblée entre les entreprises et l’Etat, il est possible de mettre en place une solution provisoire pour répondre à des difficultés de recrutement. On ne cesse de répéter qu’une lutte efficace contre le manque de personnel qualifié ne peut se faire que grâce à un engagement commun de différents acteurs : les entreprises, les autorités, et également les partenaires sociaux.

Virginie Jaquet

Lundi, 14. Janv. 2019

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Pour en savoir plus

Vous trouverez plus d’informations sur le projet sur www.formation-operateur-industrie-pharmaceutique.ch/