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Le magazine en ligne d’Employés Suisse

Un travail décent grâce aux relations internationales

Lorsqu’on parle de relations internationales, on pense avant tout à la politique et à l’économie. Les relations internationales sont également cruciales pour les places de travail et le travail, et, en la matière, la Suisse joue un rôle central.

« Si nous voulons être durables, nous devons instaurer, sur le plan international, un dialogue sur les questions liées au travail et au marché du travail, et non uniquement sur l’économie », déclare Valérie Berset Bircher, cheffe du secteur Affaires internationales du travail au Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO). Elle considère les relations internationales comme très importantes, surtout pour un petit pays comme la Suisse. « Si nous n’entretenons pas nos relations internationales, nous risquons de ne plus être un acteur important et de nous retrouver en marge. »

La tâche principale de Valérie Berset Bircher est de représenter la Suisse au sein de l’Organisation internationale du travail (OIT). Elle s’occupe également de dossiers touchant à la liberté syndicale, à l’économie, mais aussi de questions liées au marché du travail, aux droits humains ainsi qu’aux droits sociaux et culturels. Elle encadre plusieurs projets de développement à l’étranger et est à la tête du dialogue sur le travail et l’emploi. En outre, elle est responsable de la ratification des conventions de l’OIT.

L’OIT fait face à des défis majeurs

En juin, l’OIT a célébré ses 100 ans d’existence. L’organisation a son siège à Genève, l’endroit parfait pour échanger avec d’autres organisations internationales, plusieurs d’entre elles y sont en effet établies. La Suisse a cofondé l’OIT. « Malheureusement, l’OIT est peu connu en Suisse », déclare Valérie Berset Bircher. Cela pourrait changer avec la candidature de l’ambassadeur suisse Jean-Jacques Elmiger à la présidence de l’OIT.

Pour Damian Grimshaw, directeur du département de recherche de l’OIT, cette dernière fait face à des défis majeurs. Dans un article publié dans le magazine la Vie économique, il écrit : « Les bouleversements universels qui affectent le monde du travail sont inquiétants. En cas d’inaction, nous mettons en danger des valeurs telles que la démocratie, l’égalité et la solidarité. » L’OIT souhaite désormais rassembler tous les acteurs concernés pour chercher des solutions. « En contrepartie de leur contribution économique, les travailleurs doivent obtenir une part équitable du progrès économique, être respectés dans leurs droits et protégés des risques », considère Damian Grimshaw. Cela peut être atteint par trois mesures. Il faut tout d’abord créer de nouvelles institutions du marché de l’emploi pour empêcher une marchandisation du travail. Deuxièmement, de nouvelles règles pour favoriser une évolution « centrée sur l’humain » sont nécessaires et il faut également investir davantage dans le développement des aptitudes humaines.

Valérie Berset Bircher mentionne une autre évolution ayant des conséquences majeures sur le monde du travail : la numérisation. Elle est fière qu’une déclaration tripartite sur le futur du travail et du partenariat social en Suisse à l’ère de la numérisation de l’économie ait été signée par les associations faîtières des partenaires sociaux. « Nous allons nous engager pour sa mise en œuvre au sein de l’OIT », déclare-t-elle. La Suisse est le seul pays à avoir établi une telle déclaration.

Les relations spéciales de la Suisse avec la Chine

« On nous reproche parfois d’entretenir des relations, de dialoguer avec la Chine, un pays critiqué en ce qui concerne les droits humains et du travail », déclare Valérie Berset Bircher. La Suisse est consciente du problème. « Les relations internationales et la collaboration entre la Suisse et la Chine ont une longue histoire », souligne-t-elle. Interrogée sur le projet de la Route de la Soie, elle répond : « Nous devons nous engager afin que des aspects comme la sécurité au travail ou de bonnes conditions de travail soient pris en compte. Ceci est préférable au fait de ne rien faire ». Elle ajoute que la Suisse n’a toutefois pas à donner de leçons, elle ne peut que mettre en avant de bonnes pratiques.

Le danger que la Chine puisse influencer notre pays non seulement économiquement mais aussi politiquement, Valérie Berset Bircher ne le voit pas. « Nous sommes suffisamment résistants », elle en est convaincue. En outre, le Conseil fédéral se porte garant du maintien en mains suisses de toutes les entreprises avec une importance stratégique. Dans le cas de Syngenta repris par les Chinois, on aurait peut-être dû y penser.

La Suisse coopère avec d’autres pays dans la région en matière de développement, comme par exemple avec le Vietnam, le Myanmar et depuis peu avec l’Indonésie. Avec l’Union européenne, ce n’est pas la coopération au développement qui est au centre des relations, mais plutôt la formation et la recherche.

La Suisse peut encore apprendre

« Nous ne sommes pas parfaits », déclare Valérie Berset Bircher. La Suisse peut apprendre d’autres pays. Elle cite l’exemple du Danemark. C’est le premier pays à avoir établi une convention collective de travail pour les employés des plateformes numériques. « Grâce aux relations internationales, nous pouvons profiter de telles expériences », déclare la cheffe du secteur Affaires internationales du travail.

Dans un autre domaine touchant aux relations internationales, la Suisse a aussi du retard : les comités d’entreprise européens (CEE). Existant dans les multinationales, les CEE peuvent, d’entente avec la direction générale de ces dernières, développer les droits de participation européens. En cas de restructuration touchant au moins deux entités dans deux pays différents, ils sont consultés sur les projets de la direction. La Suisse n’applique cependant pas la directive européenne sur les comités d’entreprise européens, ce qui peut conduire à un désavantage pour les représentants suisses dans les CEE. Pierre Serge Heger, avocat chez Employés Suisse et spécialiste des CEE, explique que les CEE ont une efficacité proportionnelle à la culture du partenariat social de l'entreprise concernée.

Les comités d’entreprise européens ont du succès

Les CEE ont une fonction importante dans les entreprises et peuvent obtenir des résultats positifs. Pierre Serge Heger cite l’exemple récent de la restructuration de Nexans : « Le CEE a pu peser de tout son poids pour éviter certaines erreurs stratégiques », constate Pierre Serge Heger. « En Suisse, 30 emplois ont ainsi été sauvés grâce notamment à l’existence de ce système de partenariat social formalisé sur le plan européen ». Pierre Serge Heger souligne avec ironie qu’en Suisse uniquement, les plans de restructuration ont été modifiés. La Suisse n’est pas membre de l’Union européenne et le CEE de Nexans est soumis au droit français.

La Suisse n’applique par la directive européenne 2009/38 sur les CEE. Pierre Heger le regrette, mais il souligne qu’une telle application est toutefois politiquement ambitieuse. De son point de vue, les CEE sont une bonne chose pour la Suisse. Dans certains d’entre eux, les représentants suisses ont les mêmes droits que les représentants de pays européens. Et même lorsqu’ils n’ont que des droits limités, comme par exemple un statut d’observateurs, ils obtiennent des informations utiles pour les collaborateurs de leur pays, informations auxquelles ils n’accéderaient autrement qu’avec difficulté, explique-t-il.

Les défis du monde du travail ne diminueront pas. Des acquis obtenus en matière de conditions de travail sont remis en question par la révolution numérique, la polarisation politique croissante et le populisme à travers le monde. Il deviendra donc encore plus important d’entretenir des relations internationales sur des questions liées au travail et savoir que la Suisse le fait est rassurant.

Hansjörg Schmid

Mercredi, 24. Juil. 2019

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